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mercredi 25 juillet 2012

Bientôt chez votre libraire...

Notre ouvrage sur l'histoire de la présence française à Hong Kong sera publié à la fin du mois de septembre! Il sera disponible dans les librairies de Hong Kong début octobre, puis en France début novembre...

jeudi 13 novembre 2008

Les «pères français» du bauhinia, emblème de Hong Kong

En 1997, lors de la rétrocession de Hong Kong à la Chine, la nouvelle Région Administrative de Hong Kong choisit comme emblème une fleur locale, le «bauhinia blaekana». La fleur, stylisée, figure sur le drapeau de Hong Kong et sur l’ensemble des documents administratifs du territoire. L’anecdote est très peu connue mais cette fleur présente des liens étroits et multiples avec la France…
Appellation éponyme, le terme bauhinia rappelle le nom des frères Bauhin, Gaspard et Jean, deux herboristes du XVIe siècle qui ont consacré leur vie à la botanique. Leur père, Jean Bauhin Père (1511-1582), médecin et botaniste, doit, après avoir embrassé la Réforme, fuir la France pour éviter les persécutions des Guerres de Religion. Chirurgien, il est reçu en 1575 comme membre extraordinaire de la faculté de médecine de Bâle. Les enfants Bauhin héritent de la curiosité scientifique de leur père et de son goût pour la médecine et les plantes. Tous deux seront ainsi médecins-chirurgiens mais aussi herboristes et botanistes. L’aîné Jean (1541-1612) cultive la pomme de terre deux siècles avant Parmentier à partir de plants issus du jardin botaniste de Bâle! Il se lance aussi dans une description de plus de 5000 plantes et herbes et publie un «Historia Plantarum universalis» avec plus de 3500 illustrations, œuvre majeure pour l’époque. Gaspard Bauhin (1560-1624) occupe à partir de 1589 la chaire de botanique de l’université de Bâle. Comme son frère aîné, Gaspard recense et décrit également des milliers de plantes dans son «Pinax Theatri Botanici» puis dans son «Theatrum Botanicum», dont il ne peut terminer que trois volumes sur les douze prévus. Mais Gaspard va plus loin que la description des plantes étudiées. Il propose également une ébauche de classification de ces plantes, basée non sur leur classement alphabétique, leur taille et leur lieu d’origine, comme cela se pratiquait alors, mais en les baptisant d’un nom court, souvent constitué de deux mots. Cette classification préfigure le système binomial du très célèbre botaniste Linné. Dès le XVIe siècle, l’œuvre des frères Bauhin est reconnue comme apportant une contribution majeure à l’étude et à la connaissance des plantes.
C’est donc pour leur rendre hommage que le père Plumier (1646-1704), prêtre français, grand voyageur et botaniste, spécialiste de la flore des Antielles, baptise une catégorie de plantes qu’il étudie, du nom de bauhinia. Le genre bauhinia est en effet caractérisé par des feuilles simples bilobées et ce nom de baptême fait ainsi référence aux frères Bauhin, unis dans une même passion pour la botanique. On doit d’ailleurs au père Plumier, entre autres, les noms de bégonia, fushia, lobélia, magnolia, baptisés également en l’honneur de célèbres botanistes (Bégon, Fuschs, Lobel, Magnol).
Par la suite, le lien du bauhinia avec Hong Kong relève de la tradition de la botanique chez les frères des Missions Etrangères de Paris (MEP) et ce, depuis le XVIIIe siècle. Installés à la Maison de Béthanie, à Pokfulam, les frères des MEP y poursuivent en effet cette tradition. Ils collectent plantes, herbes et arbres trouvés sur le territoire de Hong Kong et les font pousser aussi dans leur jardin de Béthanie. En 1888, le Père JM Delavay identifie pour la première fois près des ruines d’une maison située en bord de mer, au Mont Davis, une plante de la famille des Bauhinia, à la couleur violette et jusqu’alors inconnue. Les frères des MEP en récupèrent des boutures pour les planter dans leur jardin, mais ils n’omettent pas d’en confier d’autres au Jardin Botanique de Hong Kong, où la plante peut ainsi être cultivée et conservée.
A la fin du XIXe siècle, Stéphane T. Dunn, responsable de la direction des Forêts de Hong Kong, complète le nom de cette plante que lui ont confiée les frères des MEP. Au nom générique de Bauhinia il ajoute ainsi le qualificatif blakeana, en hommage à Sir Henry Blake, le gouverneur de la colonie britannique de Hong Kong à l’époque (1898-1903).
Le bauhinia blaekana est depuis devenue une plante courante du territoire de Hong Kong et sa couleur violette l’a rendue très populaire. C’est pourquoi elle devient en 1965 le symbole de la ville de Hong Kong. C’est aussi la raison pour laquelle, en 1997, elle est retenue pour symboliser la Région Administrative Spéciale de Hong Kong.
Les liens multiples du bauhinia blaekana, emblème de Hong Kong, avec des Français, des frères Bauhin au père Plumier et du Père Delavay à ses confrères botanistes des MEP, étaient un peu tombés dans l’oubli…

CR.

Sources : www.botanique.org; Alain Le Pichon, Béthanie and Nazareth, HKAPA, 2006.

jeudi 28 août 2008

Une tentative de ligne postale par hydravion entre Hanoi et Hong Kong

En mai 1929, un hydravion français, après avoir décollé de Hanoi, amerrit à Hong Kong. Son pilote a pour projet de développer une liaison postale régulière entre l’Indochine et Hong Kong par hydravion. Si le vol d’essai réussit, non sans difficultés, la tentative restera sans lendemain.
Le 17 mai 1929, un hydravion décolle de Hanoi à destination de Hong Kong. Son pilote, Robbe, souhaite établir une ligne postale régulière entre l’Indochine et Hong Kong. C’est en effet l’âge d’or de l’Aéropostale, la ligne aérienne qui de 1927 à 1933 dessert, à partir de Toulouse, Dakar et l’Amérique du Sud. Mermoz, Guillaumet et Saint-Exupéry en sont les héros et leur légende fait des émules.
L’appareil, un hydravion «FBA Type17 H» n’est pas des plus modernes. Il est sorti quelques années plus tôt des ateliers de Louis Schreck, constructeur d’hydravions du début du XXe siècle. C’est un appareil triplace d’une envergure de 13m, long de 9m et motorisé par un moteur Hispano-Suiza de 180ch. Sa vitesse maximale est de 142km/h et son autonomie de 350 km.
L’appareil décolle de Hanoi le 17 mai 1929 à 5 heures du matin. Peu après le départ, à la hauteur de Moncay, il rencontre une violente tempête qui force l’équipage à chercher un endroit propice pour amerrir. Mais, en cours d’amerrissage, l’hydravion heurte un rocher affleurant à la surface de l’eau et le choc provoque une importante voie d’eau dans la coque. Alternative : amerrir et couler ou re-décoller dans la tempête. Robbe choisit la deuxième option, réussit à reprendre de l’altitude et atterrit à Haiphong à 10 heures (l’hydravion est doté d’un train d’atterrissage fixe). Des réparations sont effectuées dans la journée afin de colmater la brèche dans la coque. L’hydravion peut alors décoller le 18 mai à 10 heures et il atteint Hong Kong le même jour à 17 heures, après des escales à Moncay, Fort-Bayard (aujourd’hui Zhanjang, dans la province du Guangdong) et Macao. Le lendemain 19 mai, l’hydravion décolle de nouveau pour prendre le chemin du retour et il arrive sans encombre à Hanoi le 20 mai, après une escale à Fort-Bayard.
L’arrivée de l’hydravion à Hong Kong intéresse grandement les autorités de la colonie britannique, en particulier celles du port de Hong Kong et celles de l’aérodrome de Kai Tak. En effet, l’appareil n’est pas un hydravion spécialisé dans le raid aérien comme il s’en construisait à l’époque, mais au contraire un modèle de série, muni d’un moteur de puissance moyenne. La réussite de ce vol ouvre donc des perspectives intéressantes pour le développement du trafic aérien dans le Sud de la Chine et pour les liaisons avec l’Indochine. Il s’agit en outre d’un appareil français et ce succès, outre le prestige qu’il apporte aux ailes françaises, peut avoir des impacts commerciaux. Le consul de France à Hong Kong par interim, Marc Duval, dans sa dépêche du 22 mai 1929, note ainsi qu’«il eût été regrettable que Mr Robbe, dont l’arrivée avait été annoncée pour la veille, ne pût atteindre le but qu’il s’était proposé. Ceci n’aurait pas manqué de jeter un certain discrédit sur la valeur de nos pilotes et sur la qualité du matériel français d’aviation». Le pilote Robbe souhaitait également se rendre à Canton mais le consul lui a déconseillé ce voyage «par suite de l’état de guerre existant actuellement».
La réussite de cette première liaison par hydravion entre Hanoi et l’Indochine restera cependant sans suite et, neuf ans plus tard, le défi d’une liaison régulière avec Hong Kong sera relevé par un avion Dewoitine 338, à l’occasion du premier vol Air France, le 4 août 1938.

CR.

Sources : Archives du ministère des Affaires étrangères, Nantes.

jeudi 7 août 2008

4 août 1938 : première liaison commerciale d’Air France

Le 4 août 1938, Air France réalise la première liaison commerciale aérienne entre la France et Hong Kong. Le voyage prend six jours et s’effectue à bord d’un trimoteur Dewoïtine 338. A cette époque, le transport aérien lointain relève encore de l’aventure et la nouvelle ligne est l’héritière de la «ligne Noguès» d’Air Orient. En 2008, 70 ans plus tard, la ligne Paris Hong Kong demeure une des lignes les plus dynamiques de la compagnie française.
Le 4 août 1938, un appareil d’Air France atterrit à Hong Kong sur l’aéroport de Kai Tak et réalise ainsi la première liaison commerciale entre la France et Hong Kong. La ligne d’Air France est l’héritière de la ligne d’Air Orient qui, au début des années 30, permettait déjà de voyager de France en Indochine puis de poursuivre le périple jusqu’à Hong Kong.
La première liaison aérienne régulière entre la France et l’Asie fut en effet assurée par la compagnie Air Orient, fondée en 1930 et dont l’emblème, l’hippocampe ailé, allait être adopté par Air France. Cette ligne vers l’Extrême-Orient est alors connue comme la «ligne Noguès», du nom de son fondateur, le pionnier de l’aviation Maurice Noguès. Ce dernier, aviateur confirmé et héros de la Première guerre mondiale, devient en 1927 directeur technique de la compagnie Air Union-lignes d'Orient, AULO, spécialisée dans les voyages aériens vers l’Orient et qui, après sa fusion avec Air Asie, donnera naissance à Air Orient. Le projet de celui que l’on a surnommé le «Mermoz de l’Orient» est de mettre en place un service aérien régulier vers l’Indochine afin de concurrencer le voyage maritime, qui prend alors trente jours.
Le lancement de la ligne aérienne vers Hong Kong se fera en plusieurs étapes. Il s’agit d’abord, en juin 1929, de l’inauguration des vols réguliers de Marseille vers Beyrouth. L’étape suivante, c’est le saut du Moyen-Orient vers l’Asie, vers l’Indochine. Le voyage inaugural, avec Maurice Noguès aux commandes, a lieu en 1931: départ de Marseille, le 17 janvier, à bord d’un hydravion CAMS 53, escale à Tripoli et changement d’avion pour un Farman 300 puis décollage pour Karachi; nouveau changement d’appareil, pour un Fokker VII et dernier saut pour Saigon, le tout en douze jours! A la suite de ce premier vol, un service hebdomadaire est mis en place de Marseille à Saigon, en dix jours et demi de vol et avec dix-sept escales. Maurice Noguès trouvera d’ailleurs la mort lors d’un voyage retour de la ligne d’Indochine, le 15 janvier 1934 quand son avion Dewoitine 332 Emeraude s’écrasera dans le Morvan, en route pour le Bourget.
En octobre 1933 la compagnie Air France naît de la fusion de cinq compagnies aériennes, la S.G.T.A., la C.I.D.N.A., Aéropostale, Air Orient et Air Union. Air France reprendra la ligne vers Saigon d’Air Orient, ligne qui permettait déjà un prolongement vers Hong Kong, en changeant de compagnie aérienne et en empruntant un appareil de la compagnie britannique Imperial Airways lors de l’escale de Bangkok ou à l’arrivée à Saigon. La rationalisation des réseaux et des matériels d’Air France, compagnie de 259 appareils de 31 types différents lors de sa création, permet d’introduire dans la flotte les avions français les plus performants de l’époque, dont, en 1938, le Dewoïtine 338, élégant trimoteur à trains rétractables, commandé à 31 exemplaires par Air France et qui autorise des vols entre deux escales de près de 2000 km.

Caractéristiques du trimoteur Dewoitine 338
Moteurs : 3 x 575 chevaux
Envergure : 29,40 m
Longueur : 22,15 m
Poids total max. : 11800 kg
Vitesse max. : 320 km/h
Vitesse de croisière : 280km/h
Autonomie : 2000 km
Nombre de passagers : 22 mais les avions affectés sur la ligne d’Extrême-Orient, en version long courrier de luxe et fauteuils-couchettes, n’emportent que 12 passagers.

L’introduction de cet appareil moderne sur le réseau d’Air France en Asie va alors permettre de réduire le nombre d’escales, d’éviter le changement d’appareil et de raccourcir la durée du voyage sur la ligne Paris-Saigon, réduite de moitié et qui passe ainsi à six jours en 1938. La ligne Marseille-Saigon est ouverte en janvier 1938 et six appareils y sont affectés. Le prolongement de la ligne de Saigon, puis Hanoi, vers Hong Kong, sans changement de compagnie devient alors facilement envisageable. Le tronçon Saigon-Hanoi, de 1200 km, est d’ailleurs le plus long du voyage. La dernière étape, entre Hanoi et Hong Kong, longue de 870km ne présente pas de difficultés particulières et l’autonomie du Dewoitine 338 offre des conditions de sécurité satisfaisantes. Le voyage s’effectue cependant après 18 escales: Naples, Corfou, Athènes, Castellorizo, Tripoli du Liban, Damas, Bagdad, Bouchir, Djask, Karachi, Jodhpur, Allahabad, Calcutta, Akyab, Rangoun, Bangkok, Saigon, Hanoi.
Le premier vol a donc lieu le 4 août 1938, à bord du trimoteur F-AQBF «Ville de Vientiane», avec quatre passagers. Les vols hebdomadaires continueront ensuite pendant près de deux ans. La liaison s’interrompt en effet en juin 1940, du fait de l’Armistice. Après guerre, les vols Paris Hong Kong, via Saigon, démarrent en 1947, avec des Douglas DC3 et leurs 20 passagers. Dans les décennies qui suivent, le progrès technique et la maturité du transport aérien vont permettre à la liaison Paris Hong Kong de gagner en vitesse, en capacité et en fréquence des vols. Au DC3 succèdent ainsi dans les années 50 les Lockheed Constellation puis Super Constellation (100 passagers). A partir de 1960, c’est l’ère du réacteur avec la mise en service du Boeing 707 (150 passagers) et Hong Kong est desservie par 3 vols hebdomadaires. Les premiers vols sans escale ont lieu en 1991 sur Boeing 747 (400 passagers) et le vol Paris Hong Kong devient quotidien en 1993. En 2008, 70 ans après la première liaison commerciale de la compagnie, deux vols quotidiens d’Air France desservent Paris et Hong Kong dans les deux sens avec des Boeing 777 et transportent chaque année plus de 300 000 passagers. En 2010 atterrira à Hong Kong le nouvel Airbus A380 aux couleurs d’Air France, avec plus de 550 passagers, lointain descendant du Dewoïtine 338 avec ses quatre passagers du vol inaugural.
CR.
Sources : Air France, Musée Air France, revues aéronautiques spécialisées.

lundi 28 juillet 2008

Alexandre Yersin découvre le bacille de la Peste

En 1894, un jeune médecin de l’équipe de Louis Pasteur débarque à Hong Kong. Sans le sou et isolé, il travaille dans des conditions difficiles et parvient à une découverte capitale : l’identification du bacille de la Peste ! Alexandre Yersin, médecin et humaniste, vient d’entrer dans l’Histoire…
En France dans les années 1880, le jeune Alexandre Yersin travaille sur la tuberculose et la diphtérie, sous la direction du docteur Emile Roux, l’un des plus proches collaborateurs de Pasteur. Promis à un avenir brillant dans les laboratoires français, il décide, brusquement, de partir vers de nouveaux horizons. Il est happé par le large et devient médecin pour la compagnie des Messageries Maritimes avant de rejoindre le Corps de Santé militaire des colonies.
En 1894, une terrible épidémie de Peste frappe la Chine. Alexandre Yersin revient à la bactériologie et s’installe à Hong Kong. Sans le sou et isolé de la communauté scientifique britannique, il emménage dans une paillote de fortune aux alentours de Kennedy town. Il travaille dans des conditions déplorables et parvient, en quelques jours, à une découverte incroyable : il isole le bacille de la Peste !
La lettre qu’il adresse à sa mère en 1894, mérite d’être reproduite en intégralité tant elle est un témoignage précieux et intéressant de la vie du chercheur à Hong Kong.

«Chère maman,
Je suis sûre que tu dois être un peu anxieuse de recevoir cette lettre, me sachant dans un endroit où l'on n'irait pas précisément faire aujourd'hui un voyage d'agrément! Après être resté quelques jours à l'hôtel, je me suis fait construire une paillote à côté de l'hôpital des pestiférés et j'ai établi là mon domicile et mon laboratoire. Tout cela n'a pas été sans peine et si je n'avais pas eu le bonheur de découvrir un brave missionnaire catholique qui a bien voulu m'accompagner partout et me servir d'interprète, je ne sais pas comment je me serais tiré d'affaire! Le missionnaire s'appelle le père Vigano; Voilà 30 ans qu'il réside à Hong Kong aussi il connaît tout le monde. J'ai déjà pu étudier une douzaine de cas et il ne m'a pas été difficile de retrouver le microbe qui pullule dans le bubon, dans les ganglions lymphatiques, la rate etc. C'est un petit bâtonnet un peu plus long que large et qui se colore difficilement. Il tue les souris, les cobayes avec les lésions de la peste. Je le retrouve toujours; Pour moi il n'y a pas de doute. J'envoie à l'institut Pasteur par ce courrier un certain nombre de petits tubes scellés contenant de la pulpe de bubons de peste. On va pouvoir donc commencer à Paris l'étude de la maladie. Ici je suis très limité dans mes expériences car mon laboratoire est fort mal monté. Hong Kong est une ville très pittoresque, bâtie au bord de la mer sur le flan d'une montagne abrupte de 600 mètres, les maisons sont étagées jusqu'au sommet. La population chinoise est de plus de 200 000 âmes. Elle est aujourd'hui réduite de moitié à cause de l'émigration provoquée par la peste. On est en pleine saison des pluies, il tombe de vrais déluges d'eau et à la suite de chacune de ces violentes averses, il y a un redoublement de l'épidémie. La mortalité est très forte, 95% des cas. Jusqu'à présent 3 Anglais seulement ont été frappés. Je ne compte pas les Portugais, il y en a beaucoup plus. Je tâcherai un de ces jours de faire une petite photographie de ma paillote avec moi devant et je te l'enverrai. Je continue à me très bien porter, un peu fatigué seulement, car étant seul je dois suffire à tout. J'aurais encore bien des choses à te raconter, mais il y a deux cadavres qui m'attendent, et ces Messieurs sont pressés paraît-il d'aller au cimetière. Adieu chère maman, lave-toi les mains après avoir lu ma lettre pour ne pas gagner la peste!

Ton fils aff.

A. Yersin»


La sérothérapie anti-pesteuse est mise au point avec succès dans les deux années qui suivent. La carrière scientifique de Yersin est définitivement lancée mais son amour pour l’Extrême-Orient le pousse à nouveau à mettre cap vers l’Indochine. Il fonde l’Institut Pasteur de Nha Trang, au Vietnam, et poursuit un brillant parcours de médecin mais aussi d’humaniste et d’explorateur… Le 1er mars 1943, Alexandre Yersin meurt à Nha Trang, il a 79 ans. Le professeur Noël Bernard rédige alors une nécrologie émouvante et passionnée qu’il conclut ainsi : «Son destin a été d’acquérir à 30 ans une notoriété mondiale, de recevoir les plus hautes distinctions, d’être investi des fonctions les plus honorifiques. Il disparaît au moment où des évènements sans exemple dans l’histoire des hommes bouleversent le monde, et la nouvelle de sa mort, prend une place, à travers les angoisses de l’heure, aux premiers rangs de l’actualité».

FD.

Sources : La Presse Médicale, 1er mai 1943, n° 17, rubrique nécrologie par Noël Bernard. Crédit photo : Institut Pasteur.