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jeudi 16 avril 2009

La famille Wang mêle cinéma et francophilie depuis 50 ans

Producteur, équipementier, distributeur… Salon Films touche à tous les métiers du cinéma à Hong Kong depuis presque 50 ans. Son fondateur, T.C. Wang, et ses deux fils, ont une autre passion : la culture française. Et ils n’ont jamais manqué une occasion d’accueillir un tournage de film français. Fred Wang revient sur ces collaborations.
«Mon père était attiré par la France, grand pays de l’art selon lui, raconte Fred Wang. Le mot «salon» l’inspirait beaucoup sans qu’il sache sa signification exacte à l’époque. Cela résonnait avec le salon des arts de Paris, et évoquait pour lui de nombreuses images ; c’était classieux. C’est cette touche française qu’il a retenu pour créer le nom de son entreprise». Ainsi naît Salon films, au début en 1959. «Le premier film sur lequel il a travaillé était Le monde de Suzie Wong». Le long-métrage américain de Richard Quine, avec William Holden et Nancy Kwan, est un véritable succès et permet d’asseoir la petite société naissante.
L’activité principale de Salon films est de fournir des équipements sur les plateaux de tournage. L’entreprise s’est également diversifiée dans la production et la distribution des œuvres cinématographiques. «Nous avons toujours proposé de nombreux services, techniques ou financiers, pour le cinéma, explique le dirigeant. Et nos collaborations avec la France ont été nombreuses!» A commencer par la société Pathé-Overseas de Georges Le Bigot, dont nous avons déjà parlé. «Nous l’avons bien connu, il était devenu un ami proche».
En 1974, Bons baisers de Hong Kong, le film des Charlots, est l’une des premières occasions de tournage franco-hongkongais. Le frère de Fred Wang, Charles, était alors en charge du dossier. «Il y avait de très fortes différences culturelles entre les techniciens Français et ceux Hongkongais. Il y avait souvent des quiproquos et la mise en place du travail n’était pas toujours facile». Les cascades ont donné lieu à de drôles de situations. «Les Français avaient des exigences auxquelles les équipes d’ici n’étaient pas prêtes, s’amuse encore Fred Wang. Depuis, nos cascadeurs se sont nettement améliorés!»
Globalement, les Français arrivaient très relaxés sur les tournages car «beaucoup de lois leur permettent le repos et la tranquillité. Les équipes de Hong Kong, à l’inverse, n’ont pas les mêmes avantages sociaux et doivent toujours être sur la brèche». Fred Wang n’était pas étonné plus que de raison par ces différences. «En 1965, je suis parti en France en tant qu’étudiant, se souvient-il. J’ai effectué un long stage à l’ORTF ! J’ai vécu des moments formidables!»
Charles Wang, son frère aîné, suivait de très près tous les dossiers de tournages français, en facilitant du mieux possible les réalisations. Il en a d’ailleurs été récompensé avec la distinction de chevalier de l’ordre des arts et des lettres. Pour les Anges gardiens en 1994, l’équipe de Jean-Marie Poiré cherchait en vain un lieu de tournage. Charles Wang a proposé le siège social de Salon films, sur Devon road à Kowloon Tong… pour servir de décor au film.«Je me souviens également que le tournage d’Emmanuelle 2 [en 1975] nous a donné quelques soucis du point de vue technique: nous avions fait venir des caméras américaines toutes neuves, reprend Fred Wang. C’était la première fois que les Français les utilisaient et elles sont tombées en panne. Nous avons dû organiser une réparation à distance par téléphone avec les USA… en 1975, ce n’était pas aussi facile qu’aujourd’hui!».
Et Fred Wang d’évoquer encore et avec nostalgie toutes ces années de relations, des Charlots à Coluche (pour Banzaï en 1983), jusqu’au passage plus récent d’Alain Delon. «Nous avons accueilli Alain Delon pendant ses vacances, en 1997, il est célèbre en Chine pour Zorro, explique l’entrepreneur. D’ailleurs, lors de sa venue, il a même été question de faire un remake de ce film!» Les projets de Salon films sont nombreux et Fred Wang est toujours occupé. Au sujet d’une nouvelle collaboration avec la France? «Pourquoi pas, évidemment… Il est vrai que c’est un peu plus calme depuis quelques années, mais nous sommes toujours prêts».

FD.

Sources et crédits photographiques : merci à M. Fred Wang pour le temps qu’il nous a consacré, et pour les documents qu’il a bien voulu mettre à notre disposition.

Légendes des photos, de haut en bas: A, les frères Wang autour de leur père, Charles à gauche et Fred à droite; B, Sylvia Kristel sur le tournage de Emmanuelle 2 à Hong Kong; C, Alain Delon lors de son passage dans la famille Wang.

jeudi 9 avril 2009

Henry Litton, 50 ans de francophonie à Hong Kong

Juriste reconnu, Henry Litton est aussi un francophile invétéré. Il a été président de l’Alliance française de Hong Kong pendant quinze ans. Charmant et discret, il revient avec modestie sur cinquante ans de passion pour la culture et la langue françaises.
Henry Litton est issu d’une famille eurasienne de Hong Kong. Il a fait ses études au Royaume-Uni dans les années 1950. Le premier contact avec la France a lieu en 1958. «J’étais étudiant en Droit, et je suis parti à l’université de Grenoble pendant trois mois, se souvient le juriste. Nous étions plusieurs dans une superbe maison sur la route Napoléon [surnom de la nationale 85]». Et de confesser: «C’était plus un séjour pour profiter de la vie en France et découvrir le pays que pour suivre des études! C’était en hiver, et j’ai d’excellents souvenirs».
De retour à Hong Kong, Henry Litton construit une brillante carrière, d’abord dans un cabinet privé, puis au service de l’Etat. Il n’oublie pas ses passions et entre au comité de l’Alliance Française en 1971. «Le directeur de l’époque, François Hudelot, était un grand ami, passionné de voile tout comme moi, souligne Henry Litton. Il est arrivé en 1967 et a organisé le premier réseau de l’Alliance à Hong Kong». Le juriste se souvient d’une Alliance française toujours en ébullition. «Les milieux étudiants étaient plus actifs qu’aujourd’hui dans les années 1970, il y avait fréquemment des grèves et les jeunes professeurs français qui venaient étaient souvent de gauche radicale: c’était agité!» C’est aussi une période de croissance des effectifs et le centre s’agrandit avec des locaux à Kowloon.
En octobre 1985, le juge devient président de l’Alliance Française de Hong Kong, fonction qu’il occupera jusqu’en 2000. Quinze années riches en événements pour l’ancienne colonie britannique. «Depuis 1984, nous savions que la rétrocession aurait lieu… Est ensuite venue la période de Tien An Men, et il y avait donc une grande agitation sociale ; les gens étaient très inquiets». Le Canada offre alors de nombreuses opportunités d’immigration. «Parler Français représentait un avantage certain dans les dossiers, et nos effectifs ont donc pris une ampleur considérable, s’étonne encore l’ancien président. Nous sommes devenus la plus grande Alliance française du monde par le nombre d’étudiants, avec six centres et 12 000 inscrits chaque année…»
Henry Litton laisse ensuite ces lourdes charges à d’autres, mais continue à se passionner pour la culture française: «Je suis abonné à des revues pour suivre les nouveautés, et j’ai toujours un livre en Français en cours…». Dernier en date, la saga historique Fortune de France de Robert Merle. Cette passion pour la France s’est transmise à la famille: «ma fille s’est même mariée à un Français! Elle vit maintenant près de Béziers; c’est pour moi l’occasion de visiter davantage le pays».
Pour son travail et son investissement pour le rayonnement de la francophonie, Henry Litton a été fait chevalier de l’Ordre national du mérite puis, en 1999, chevalier de la Légion d’honneur. Juriste reconnu à Hong Kong et célèbre dans sa profession, Henry Litton est aujourd’hui juge honoraire à la Cour d’appel final ; le tribunal en question est situé dans l’ancien bâtiment de la procure des Missions étrangères de Paris, sur Battery path à Central. La francophonie peut avoir de la suite dans les idées…

FD.

Sources : remerciements à M. Henry Litton pour ses informations et le temps qu’il nous a consacré ; www.encyclopediefrancaise.com; Alliance Française de Hong Kong.

jeudi 26 mars 2009

1975: "Bons baisers de Hong kong"!

Les Charlots à Hong Kong ! Aussi incongru que cela puisse paraître, les quatre humoristes français, véritables stars dans l’hexagone des années 1970, ont tourné un film dans la colonie britannique. Nanar ou navet selon les goûts, le résultat est un ovni cinématographique où Hong Kong est à la fête !
La reine d’Angleterre est enlevée. Emoi dans les plus hautes sphères du pouvoir britannique; il faut la retrouver avant que l’affaire ne s’ébruite! Le chef des services secrets de Sa Majesté ne peut plus compter sur personne depuis la mort de son meilleur agent; il appelle donc son homologue français. Celui-ci, vexé de devoir aider la perfide Albion met les Charlots sur l’affaire. C’est le début d’une rocambolesque et lourdingue parodie de James bond, avec notamment un générique dans le plus pur style années 70. Les retournements de situations absurdes s’éloignent ensuite de l’intention de départ pour laisser le champ libre aux pitreries des Charlots.
Le film est produit par Christian Fechner, un habitué des collaborations avec les Charlots et des comédies franchouillardes. On lui doit notamment, pour ce qui est de ses productions humoristiques, «La soupe aux choux» et «les Bidasses s’en vont en guerre», «La course à l’échalote» et «Marche à l’ombre», mais aussi «L’aile ou la cuisse» ou «Papy fait de la résistance» : autant dire des monuments cinématographiques de la culture populaire française des années 70-80! Il signe le scénario avec Yvan Chiffre, jusqu’alors acteur de second rôle et cascadeur, qui se voit également confié sa première réalisation. Le metteur en scène et le producteur ne lésinent pas sur les moyens : carambolages de voitures (avec les cascades de l’incontournable Rémy Julienne), explosions, effondrement de maison, prise de vue à Londres, Paris, Madrid et Hong Kong, tout y passe pour donner de l’envergure à ce pastiche.
«Bon baisers de Hong Kong» s’offre même Mickey Rooney, véritable star de l’humour potache outre-atlantique (et aujourd’hui l’un des rares survivants du cinéma muet, fort de ses 322 films…). L’acteur y joue le rôle du forcené amoureux qui enlève la reine. Le reste de la distribution comporte également quelques surprises : Léon Zitrone en agent pas très secret, André Pousse, Jacques Marin, Philippe Castelli côté français. Jeanne Manson ou encore le très «british» David Tomlinson («Mary Poppins», «The fiendish plot of Dr Fu Manchu»…) sont également de la partie, sans oublier l’incroyable Victor Israel. Enfin, Bernard Lee et Lois Maxwell reprennent leurs rôles de M (le patron de James Bond) et de Miss Monneypenny, le temps de s’en moquer…
Paul Clerc-Renaud, installé depuis longtemps à Hong Kong et aujourd’hui directeur du groupe Fargo, était de passage dans la colonie britannique pendant le tournage du film, en 1975. «A cette époque, je ne travaillais pas encore en lien avec Pathé-Overseas et Georges Le Bigot, se souvient l’homme d’affaire, mais je venais à Hong Kong pour ma société». Le tournage sur place n’a pas été de tout repos et, «il y a eu quelques coups de théâtre dont je n’ai jamais eu le fin mot». D’autres sources racontent que l’un des associés chinois aurait été poignardé dans le hall du Hilton ou encore que la jeune actrice chinoise aurait été enlevée pendant un temps par la mafia… De sombres histoires où plane l’ombre de Triades, mais l’équipe française a toujours été scrupuleusement tenue à l’écart.
Le tournage se poursuit tant bien que mal à Hong Kong, et la délirante histoire continue. Les Charlots trouvent en une femme de ménage française, un sosie de la reine idéal pour la remplacer lors de sa visite officielle à Hong Kong. Ils l’accompagnent et c’est l’occasion de balader la caméra dans les rues de Kowloon ou encore vers Aberdeen, à une époque où il n’a pas un seul immeuble moderne et où les sampans règnent encore en maître. «Pour les images de la visite officielle, il y a une anecdote savoureuse!, se réjouit encore Paul Clerc-Renaud. La société Pathé-Overseas s’était faite passer pour la société Pathé-News et avait filmé la véritable visite de la vraie reine, très peu de temps auparavant… Ils ont réutilisé les images pour les intégrer au film!». Huguette Funfrock, le sosie lyonnais de la reine, s’occupe du reste…
Pour les scènes à Hong Kong, la société Salon Film officiait comme équipementier, sous le patronage du francophile Charles Wang. Son frère, Fred, ajoute: «la rumeur veut que le film aurait été montré à la reine Elizabeth. En tout cas, l’administration de Buckingham avait demandé à en avoir une copie, mais il n’y a jamais eu de retour!» Un film de toutes les surprises, jusqu’à la fin… la toute fin même, lorsqu’on apprend dans le générique que Bézu (celui de «la queue leu leu»…) était l’attaché de presse!
Rinaldi, Fechner (le frère du producteur), Filipelli et Sarrus semblent avoir pris du bon temps sur place: «Ils étaient à l’hôtel Mandarin…, reprend Paul Clerc-Renaud. Avec les ennuis sur le tournage, il y a eu une période de relâchement. Ils faisaient la fête le soir, et il était difficile de les lever le matin!». Jean Sarrus, dans ses mémoires, révèle que le voyage a surtout été l’occasion d’expérimenter les mythiques fumeries d’opium… Fred Wang se souvient: «Le film n’a pas été un gros succès à Hong Kong, mais il a été bien reçu». C’est aujourd’hui un incontournable nanar du cinéma français des années 70, et l’un des rares, peut-être le seul, à avoir été tourné loin hors de France. Et pour les amoureux de Hong Kong, c’est une visite inattendue par de drôles de guides.

FD.

Sources : www.imdb.com; http://www.nanarland.com; www.lescharlots.com; remerciements à M. Paul Clerc-Renaud et M. Fred Wang, pour le temps qu’ils nous ont consacré et leurs précieux renseignements.

Crédits photographiques: www.nanarland.com (affiches française et allemande du film); collection particulière (l'avion miniature qui sert lors de la scène finale du film est toujours en bonne place dans les bureaux de la société hongkongaise Salon Film).

lundi 2 mars 2009

La vie ordinaire d’un petit Français de Hong Kong

Faire l’histoire de la communauté française à Hong Kong depuis 160 ans… c’est aussi s’intéresser à ceux qui s’y trouvent ballottés au gré des pérégrinations parentales. Les enfants ne laissent pas d’archives et les institutions s’intéressent peu à eux. Un témoignage, à la fois anodin et révélateur d’une époque, permet de mettre en lumière le quotidien d’une tête blonde catapultée en Extrême-Orient.
Suite à la publication de notre article sur l’histoire de l’école française à Hong Kong, un courriel est arrivé disant en substance, «le petit garçon au premier plan sur la photo… c’est moi!». Mathieu Bringer a passé quatre ans à Hong Kong, de 1980 à 1984. «Mon père travaillait pour une entreprise hollandaise de textile, se souvient-il. Il dirigeait des centrales d’achat et nous voyagions beaucoup, d’Afrique du Sud aux USA, etc.» Ainsi habitués à l’expatriation, Mathieu, ses deux frères, sa sœur et leurs parents, débarquent dans la colonie britannique en 1980. Le jeune garçon a 7 ans ; il est inscrit à l’école française, alors située dans l’ancien hôpital militaire de Borrett road. Commence alors une nouvelle vie trépidante.
La famille s’installe à Chung Hom Kok, non loin de Repulse bay. «J’y suis revenu il y a cinq ans, c’est fous comme tout à changé… Ce n’est pourtant pas si loin!». Et de raconter l’interminable trajet en bus pour aller à l’école, les terrains vagues aujourd’hui devenus grandes propriétés. «Je garde des impressions plus que des souvenirs précis. Par exemple, je jouais tous les samedis matin au foot sur le Peak… et j’ai l’image de nos parties qui se déroulaient dans la brume plus de la moitié de l’année!» Mathieu évoque encore les typhons et les toutes les fenêtres scotchées de sa maison, ou les discussions de cours de récréation sur les serpents de l’école : «Il y avait la forêt tout autour de l’établissement ; évidemment on nous interdisait d’y aller… et on nous faisait peur avec les serpents qui étaient sensés roder dans les parages». Le jeune homme se remémore également les trajets en Star Ferry pour aller au cours de Judo, «avec la drôle de machine qui avalait les pièces». Plus de 25 ans après, certains lieux restent incontournables pour les enfants : «Comment pourrais-je oublier Ocean park! Et le restaurant flottant d’Aberdeen, le tournoi de rugby à sept…»
Plus précis sont les souvenirs du passage du navire-école de la Marine française, la Jeanne d’Arc. «Mon oncle était le second de ce navire (il s’agit aujourd’hui du vice-Amiral Teule). Nous avions eu le droit à une visite personnalisée, précise Mathieu Bringer, et nous avions mangé dans le mess des officiers. Vous imaginez l’effet sur un gosse de huit ans!». Autre événement resté en mémoire, un exceptionnel voyage en Chine. «Mes parents ont mis deux ans à obtenir le visa. Je me souviens très bien de marées de vélos et d’hommes en uniformes avec les casquettes!».
Le père de Mathieu s’est investi dans la vie de la communauté française. «Il faisait parti du comité exécutif de l’école au moment où le déménagement vers Jardines était en préparation.» La famille Bringer a quitté Hong Kong avant le changement effectif d’établissement, mais «mon père raconte qu’il y avait, par exemple, tout un débat autour de la climatisation. Paris refusait cet aménagement qui était considéré comme un luxe, rapporte Mathieu Bringer. Lorsqu’une délégation de l’agence parisienne est venue en visite pour évaluer le projet, le comité exécutif l’a accueillie dans une salle sans climatisation! C’était en pleine saison chaude, il faisait une moiteur incroyable… A la fin de la réunion, tout le monde était d’avis que l’investissement était nécessaire.»
Après quatre ans passés à Hong Kong, Mathieu suit sa famille en Belgique pour une installation plus durable. «J’ai fait mes études entre la France et la Belgique, raconte le jeune homme. J’ai suivi une formation d’ingénieur et je suis parti sur une thèse en astrophysique». L’Asie est restée ancrée dans l’esprit du garçon qu’il était. «J’ai fait mon possible pour repartir. Ce n’est pas un hasard si, ensuite, je suis devenu VSN à Hanoi!, explique Mathieu Bringer. Ce fut également une excellente expérience ; je m’occupais de coopération scientifique.» Et le voyageur d’enchaîner sur une année sabbatique avec un camarade, pour faire un demi-tour du monde, de Hanoi à Paris, sur de vieilles motos russes.
«Maintenant je suis conseiller en propriété industrielle, et dans quelques semaines, je pars à Shanghai pour occuper un nouveau poste.» Pour Mathieu, cette destination n’est pas anodine non plus. «Je crois que mon expérience hongkongaise a vraiment été importante, analyse celui qui était alors un petit enfant de 8 ans. C’était à un âge où l’on découvre plus attentivement notre environnement, où l’on est plus réceptif… et je suis marqué pour toujours par la découverte de Hong Kong! Même s’ils sont très diffus, j’ai des souvenirs et des impressions fantastiques.»

FD.

Sources : remerciements à M. Mathieu Bringer pour son précieux témoignage. Crédits photographiques : archives privées.

jeudi 12 février 2009

La Chambre de Commerce ouvre ses portes en 1986!

Pour répondre aux besoins d’une florissante communauté d’entrepreneurs au milieu des années 1980, une poignée d’entre eux se réunit pour créer la première chambre de commerce française à Hong Kong. Plus de 20 ans après, le succès n’est pas démenti et les souvenirs sont nombreux. Retour sur le parcours de la «French business association».
Au milieu des années 1980, la communauté française à Hong Kong est en pleine augmentation. Les entreprises s’intéressent à la colonie britannique, mais parfois avec timidité puisqu’on sait (à partir de 1984) que la Chine y reprendra ses droits en 1997. Danger ou opportunité? Pour répondre à ces questions et entraîner une dynamique française dans les affaires, six ou sept entrepreneurs décident de créer une chambre de commerce et d’industrie. «Le consulat de France poussait en ce sens depuis un moment, explique Gérard Millet, l’un des membres fondateurs. Il y avait un réel besoin de la part des entreprises.»
Le premier président est Alain d’Argenlieu. «Les moyens étaient très limités au début, se souvient Gérard Millet, aujourd’hui directeur de Sodica, société de conseil en fusions- acquisitions du Groupe Crédit Agricole. Nous avions très peu de fonds.» Et pas de bureaux permanents ! L’association est alors itinérante, hébergée par diverses entreprises françaises. «Les premiers membres du bureau venaient souvent du secteur bancaire, note l’homme d’affaire. S’occuper d’une telle association était lourd et nécessitait du secrétariat.»
Gérard Millet est le troisième président de 1989 à 1991 ; une époque où l’association prend beaucoup d’ampleur, preuve de son succès. «Une réorganisation s’imposait, affirme-t-il. En 1990, nous nous sommes installés dans nos premiers bureaux, et le premier poste de directeur salarié a été créé». Vient ensuite la présidence de Paul Clerc-Renaud, directeur du groupe Fargo, de 1991 à 1993. C’est une période charnière: «C’était juste après Tien An Men qui avait beaucoup secoué Hong Kong, se souvient l’intéressé. Il fallait rassurer les employés français pour les inciter à venir ici.» C’est à cette époque que sont négociés les visas permanents pour les employés clés des grandes entreprises françaises. «C’était aussi le moment des frégates de Taiwan et les relations étaient officiellement difficiles avec la Chine, souligne l’ancien président. Mais Deng Xiao Ping menait une politique d’ouverture dans le Sud.»
En 1992, les craintes sont toujours aussi récurrentes au sujet du retour prochain de la domination chinoise. C’est l’objet du premier article du premier numéro de la revue «Hong Kong echo», le magazine de la chambre de commerce: «Hong Kong : qui a peur de 1997 ?» est signé de Yves Chemla. L’entrepreneur se veut optimiste voire enthousiaste sur les opportunités à venir. C’est le mot d’ordre général de la chambre de commerce au cours de ces années. Toujours en 1992, avec cette même volonté de séduire les hommes d’affaires français, Paul Clerc-Renaud initie l’opération «Le monde chinois». 300 chefs d’entreprises répondent à l’appel et partent en visite de la zone économique spéciale de Shenzhen. «C’était une véritable aventure dans le delta de la rivière des perles, révèle Paul Clerc-Renaud. C’était un immense chantier où tout était en construction. Henry Fok avait fait ouvrir l’autoroute en construction seulement pour nous!»
En juillet 1992, un nouveau gouverneur, Christopher Patten (désormais Lord Patten), est nommé à Hong Kong. «En octobre, il a fait un discours très mal perçu par Pékin où il exposait ses conditions pour la rétrocession prochaine, reprend l’ancien président Clerc-Renaud. Nous l’avons rencontré le jour où il se rendait à Pékin… Il boitait à cause d’une blessure faite au tennis le matin même!». Les relations ont toujours été étroites avec les autorités, l’association se présentant également comme une interface de communication et de médiation. La chambre de commerce avait également reçu le prédécesseur de Chris Patten, le gouverneur David Wilson. «C’était un excellent sinologue, affirme Paul Clerc Renaud. Un homme très fin qui anticipait les réactions des Chinois, mais très mal jugé par John Major».
La French business association, c’est aussi un réseau, le théâtre de nombreuses rencontres avec des personnalités : Valéry Giscard d’Estaing, Raymond Barre, Dominique Strauss-Kahn, Michel Rocard, pour la politique, mais aussi Matthieu Ricard, Jacques Séguéla, Loïck Peyron, Pierre Haski et bien d’autres encore pour ne citer que des Français. Le livre d’or regorge de signatures d’invités de marque! La chambre de commerce s’est aussi lancée dans l’organisation du prestigieux gala de clôture du French May.
Avec ses 600 membres et ses treize employés permanents, la chambre de commerce française est aujourd’hui plus que jamais dynamique. C’est la deuxième chambre européenne, juste derrière les Britanniques. «C’est toujours un club de rencontres pour les entrepreneurs, mais totalement adapté à Hong Kong, explique Maryse Kraatz, l’actuelle directrice générale. Nous dépassons la dimension de solidarité entre Français pour aller plus loin. Ici les chambres de commerce sont puissantes et nous devons nous ouvrir aux étrangers et, bien évidemment, aux Hongkongais!». Presque toutes les grosses entreprises françaises sont membres, l’expansion passe donc désormais par les hommes d’affaire de Hong Kong ou par les PME françaises qui souhaiteraient s’internationaliser… «C’est une ville importante pour commencer à entreprendre à l’étranger, commente la directrice générale. C’est la base régionale de la majorité de nos entreprises».
La chambre de commerce ne touche aucune subvention de l’Etat français, c’est une entreprise privée qui vit des cotisations de ses membres. «Nous répondons aux besoins des membres à travers l’organisation d’événements, de conférences, explique Maryse Kraatz. Nous avons également treize comités pour traiter les problèmes en cours ou les attentes de nos membres. L’activité de lobbying est très importante, voire essentielle.» En 2006, dans son éditorial pour le numéro anniversaire de la revue «Hong Kong echo», Jacques Chirac félicitait «la Chambre de Commerce et d’Industrie Française de Hong Kong pour son travail inlassable en faveur de l’approfondissement des liens entre la France et Hong Kong». Et le président français de conclure: «je forme le vœu qu’elle poursuive cette entreprise pour le plus grand bénéfice de tous».
FD.

Sources : Hong Kong echo ; French business directory ; remerciements à Mme Maryse Kraatz, M. Paul Clerc-Renaud et M. Gérard Millet, pour le temps qu’ils nous ont consacré et leurs précieux renseignements. Crédits photographiques : archives privées.
Les deux photographies: Paul Clerc-Renaud en compagnie du gouverneur Wilson (au centre) puis avec le gouverneur Patten. Troisième document: couverture du premier numéro de la revue Hong Kong Echo, à l'automne 1992.

lundi 12 janvier 2009

Georges Le Bigot fonde Pathé-Overseas à Hong Kong

Aventurier touche-à-tout, passionné de musique et de cinéma, Georges Le Bigot est un personnage atypique et hors du commun. Après des années de péripéties asiatiques, il s’installe à Hong Kong dans les années 60 et fonde Pathé-Overseas, une entreprise cinématographique de distribution et de production.
Georges Le Bigot quitte la France en 1927. Engagé dans l’armée coloniale, les hasards d’une vie mouvementée l’amènent en Chine, à Tien Tsin, puis à Shanghai. Il est policier dans la concession française, bureaucrate au consulat ; ces métiers lui permettent de voir du pays, mais ne correspondent pas aux aspirations du turbulent personnage. Il retourne en France en 1935 pour flamber ses économies et faire un constat définitif : sa vie est en Asie.
De retour en Chine, il s’associe avec un Grec dénommé Castro et se lance dans une grande aventure : la création du Shanghaï Opera. L’affaire en plein essor est rapidement freinée par la guerre sino-japonaise. En 1939, il part à Saigon pour redonner vie à l’opéra de la capitale cochinchinoise : la guerre éclate alors et il est mobilisé. Réformé deux ans plus tard, le revoilà à Shanghai, toujours avec ses projets d’art lyrique… et la censure japonaise. Il se diversifie dans le cinéma, ouvre un restaurant et une boîte de nuit !
Avec l’arrivée de Mao au pouvoir, il quitte la Chine populaire. C’est bien évidemment à Hong Kong qu’on le retrouve. Il décide d’intensifier ses activités de distribution dans le 7e Art et passe à la production. Il voyage entre la France et la colonie britannique, point d’ancrage de sa nouvelle entreprise. «C’est Georges Le Bigot qui a essentiellement contribué à l’essor du cinéma japonais en France,» raconte Paul Clerc-Renaud, l’un de ses associés. Il achète alors les droits de films nippons pour les proposer au public français. Un pari culturel risqué et de longue haleine, qui repose sur la conviction et la passion.
Avec sa société Pathé-Overseas, Le Bigot acquiert également les droits de films français pour les diffuser en Asie. Son ancien collaborateur et ami se souvient, «il était connu partout par tout le monde… Il allait à Cannes pour faire ses courses de nouvelles productions et oeuvrait à leur diffusion en Asie». De 1977 à 1983, Paul Clerc-Renaud seconde l’homme d’affaire depuis ses bureaux de l’International building. «C’était une fonction à temps partiel puisque ma fonction principale était de diriger Saca Far East, société de commerce actionnaire de Pathé Overseas avec Georges». Le producteur hongkongais Fred Wang, de la compagnie Salon Film, se souvient avec émotion d’un très bon ami : «Nos collaborations ont été très nombreuses ! Nous faisions appel à nos services respectifs presque systématiquement pour les productions françaises».
A Hong Kong, l’un des plaisirs de Georges Le Bigot est de recevoir des artistes pour le lancement des films. «Lino Ventura, Delphine Seyrig, Pierre Richard et bien d’autres encore sont passés ici pour des tournées de promotion, souligne Paul Clerc-Renaud. Pierre Richard était une véritable star à Hong Kong à la fin des années 70… Ses films marchaient très bien!». Et de se souvenir d’un épique repas où le comique amusait la galerie avec ses baguettes. «Nous emmenions toujours les acteurs faire une balade en jonque vers le village de Lei Yu Mun pour manger des fruits de mer ; une fois, s’amuse encore son collaborateur, le directeur d’UniFrance Film est tombé à l’eau en voulant aider Delphine Seyrig à débarquer!».
Des temps plus durs viennent ensuite. «Le marché du film a évolué, les directeurs de salle allaient directement et eux-mêmes chercher les films : nous perdions notre fonction de grossiste». En 1983, Pathé-Overseas est cédé à la compagnie hongkongaise EDKO; son passionné fondateur ne peut s’empêcher de rester dans les affaires encore quelques temps. «Georges repassait très souvent à Hong Kong, il adorait cette ville!». Sees deux filles, Suzanne Brepson et Isabelle Bordeaux ont également vécu plusieurs années à Hong Kong avec leurs époux. Georges Le Bigot s’est éteint en France en 1997, au terme d’une longue vie d’aventures asiatiques et de projets culturels ambitieux. Ses nombreux amis à Hong Kong et dans la région gardent en mémoire son enthousiasme, sa gentillesse et sa modestie.

FD.
Sources : Gabriel Personne, Flic et poète, Georges Le Bigot, Revue Autrement, 1986. Remerciements à M. Paul Clerc-Renaud pour le temps qu’il nous a consacré et ses précieux renseignements. Crédit photographique : archives privées. Georges Le Bigot lors d’un repas à Lei Yu Mun avec Andréa Ferréol (à droite).

lundi 27 octobre 2008

Sous la plume d’Anne Thiollier, Tom découvre Hong Kong

En 1997, Anne Thiollier publie le roman Hong Kong story ; les aventures d’un petit français qui découvre la colonie britannique alors que ses parents y sont envoyés pour le travail. Retour sur l’histoire de Tom en compagnie de l’auteur, grande passionnée de la Chine et de Hong Kong.
Depuis le début des années 1980, Anne Thiollier écrit pour la littérature de jeunesse. Elle a longuement vécu en Asie et toutes ses histoires, de Petite Wang à Tao le malin en passant par Le thé aux huit trésors ont pour cadre la Chine. L’ouverture sur une culture différente et des univers dépaysants, c’est la recette efficace de cet auteur qui n’a évidemment pas manqué, au cours de sa carrière, d’évoquer Hong Kong.
«Lorsque je vivais à Hong Kong, j’étais un peu accablée par certaines familles qui arrivaient comme elles seraient arrivés à Tombouctou ou ailleurs, sans aucun intérêt pour la culture locale, se souvient-elle. Peu de personnes font les efforts nécessaires pour s’imprégner de ce qu’il y a autour. C’est parfois un peu difficile en Chine avec la barrière de la langue, mais à Hong Kong, tout est beaucoup plus facile». C’est la genèse de Hong Kong story, publié en 1997 chez Casterman.
«Ce livre veut juste dire aux enfants qu’il faut savoir regarder, ajoute Anne Thiollier. C’est ce que je faisais moi-même pour le préparer. Je me baladais en ville ; je prenais des notes, des photos et dessinait beaucoup de croquis». Le héros, Tom, est un jeune collégien dont les parents viennent de déménager. Le garçon a du mal à s’adapter à cette première expatriation. Il est perdu, ne comprend rien… mais ne tarde pas à faire connaissance d’un Chinois de son âge qui lui sert de guide.
Tout ce qui est raconté sur Hong Kong est vrai. «Toutes les anecdotes et péripéties sur le chemin de Tom me sont arrivées ou alors je les ai lues dans les journaux, insiste l’auteur. Souvent, je me sers de coupures de presses que je collecte et garde dans un coin avant de les utiliser. L’échafaudage de bambous qui s’effondre, c’est arrivé. L’affaire des enfants qui se droguaient au sirop pharmaceutique, c’est vrai. Les grands-mères qui trient les germes de soja à Wan Chai, je l’ai vu». Le roman est agrémenté de nombreux dessins fait sur le vif, dans les rues.
Anne Thiollier est arrivée en Asie en 1976. «Avec mon mari, nous avons vécu un peu partout en Chine, et notamment à Hong Kong de 1991 à 1996. Après nos études, nous avions envie de voyager, raconte-t-elle. Le stage de fin d’étude de mon mari s’est déroulé à Hong Kong en dans le cadre du projet de construction du métro. C’était juste deux mois, mais à notre retour nous avons juré que nous ferions tout ce qui était possible pour repartir!».
Le récit de Hong Kong story se déroule au milieu des années 1990. «C’est incroyable comment cette ville a changé rapidement en quelques années!» Et l’écrivain d’être encore sous le charme : «Hong Kong n’est pas seulement une ville verticale où l’on fait du shopping ; je voulais montrer les cultes, les traditions, toute l’âme chinoise mélangée à la modernité. Hong Kong, c’est aussi cette nature et tous les sentiers de randonnée des Nouveaux Territoires et les alentours».
Tom est représentatif du petit Français moyen qui débarque à l’étranger avec des parents peu motivés. «Quand le livre est paru, je suis allé le présenter au lycée français. Les enfants se projetaient bien dans cette histoire, ils pouvaient facilement se reconnaître». Anne Thiollier fait figure de référence dans la littérature pour enfants sur l’Asie. «Les éditeurs apprécient, même s’ils ne sont pas toujours très attentifs. Je me suis battu à chaque édition et réédition pour qu’une des images du livre, la vignette de tête du chapitre un où l’on voit des enseignes lumineuses avec des caractères chinois, soit imprimée à l’endroit et donc lisible: ils s’en fichent. C’est un manque de respect du travail de l’illustrateur qui m’attriste un peu».
Aujourd’hui, Anne Thiollier vit à Paris, où elle prépare son nouveau roman. «Hong Kong, et la Chine en général, me manquent. J’essaye de revenir le plus souvent possible». Tom est devenu grand, mais de nouvelles générations d’écoliers continuent de suivre son parcours, des rues de Wan Chai aux jonques du port.
FD.

Sources : Anne Thiollier, Hong Kong story, Casterman, 1997.


Photo: Anne Thiollier et ses enfants à Hong Kong en 1991.

lundi 15 septembre 2008

La «Jeanne d’Arc» à Hong Kong

Parmi les navires de la Marine Nationale qui, depuis plus de 160 ans font escale à Hong Kong, un navire occupe une place particulière dans le cœur des Français : la «Jeanne d’Arc», navire-école des officiers-élèves de l’Ecole Navale. Depuis 1933, deux bâtiments ayant porté ce nom ont mouillé à plusieurs reprises à Hong Kong et ces escales ont laissé des souvenirs très forts chez les marins.
Depuis 1912, il est de tradition dans la Marine Nationale de baptiser du nom de «Jeanne d’Arc» le navire-école servant d’école d’application aux officiers-élèves de l’Ecole Navale. La campagne d’application consiste en une navigation de plusieurs mois, ponctuée de plusieurs dizaines d’escales et chacune constitue un événement fort, tant pour l’équipage du navire que pour la population et la communauté française du port visité. Le navire est en effet un véritable ambassadeur de la Marine Nationale mais aussi de la France. «La Jeanne», comme est surnommée affectueusement le navire dans la Marine, a fait escale à Hong Kong à plusieurs reprises, de 1933 à 1992.
La première «Jeanne d’Arc» ayant mouillé à Hong Kong, c’est l’élégant croiseur-école mis en service en 1931. Le navire, d’un déplacement de 6500 tonnes et long de 170 m, embarque 150 élèves (qui dorment dans des hamacs) et plus de 500 officiers, officiers-mariniers et marins. La première campagne 1931-1932 se déroule en Amérique du sud et ne passe pas par l’Asie. En revanche, du 6 au 10 mars 1933, le croiseur-école fait escale pour la première fois à Hong Kong, escale annoncée au Consul de France par dépêche dès le 8 juin 1932! Immobilisé aux Antilles pendant le deuxième conflit mondial, le navire reprend ses campagnes après guerre et passe à Hong Kong à plusieurs reprises. Sa dernière escale dans le port de Victoria, lors de son avant-dernière campagne de 1962-1963, marque agréablement les marins. Après avoir quitté Kobé, le croiseur affronte en effet en mer du Japon une violente tempête qui endommage gravement son arbre d’hélice. La «Jeanne» doit donc effectuer des réparations à Hong Kong et entre en carénage à Kowloon, à la grande satisfaction de l’équipage qui voit son séjour à Hong Kong durer plus de deux semaines!
En 1964, après trente-trois ans de service, le croiseur est désarmé et est remplacé par un navire moderne au dessin original, croiseur porte-hélicoptères long de 181m et déplaçant 10500 tonnes. Le bâtiment est doté d’un pont d’envol et d’un vaste hangar pour abriter ses hélicoptères. Ces caractéristiques offrent à la nouvelle «Jeanne d’Arc» des capacités de réception à bord qui font l’émerveillement et la joie des centaines d’invités qui participent aux cocktails traditionnels donnés à chaque escale. Depuis 1964, la deuxième « Jeanne » fait escale à huit reprises à Hong Kong, lors des campagnes 65-66, 69-70, 73-74, 76-77, 80-81, 84-85, 87-88 et enfin 91-92. Pour l’équipage, l’escale de Hong Kong revêt un charme particulier, teinté d’exotisme, de contrastes et de mystère. Les récits de voyages, les souvenirs d’escales et les témoignages des marins reflètent le caractère mythique du séjour à Hong Kong. En 1965, pour la première escale à Hong Kong du nouveau navire-école, la «Jeanne d’Arc» y passe Noël et jour de l’An et un officier-marinier se souvient : «après Manille et ses 30°, nous accostons à Hong Kong six jours après, avec une température proche de 0°. [...] Nous parcourons la ville sur des pousse-pousses et prenons le tram jusqu’au sommet du Peak où une vue époustouflante s’offre à nous, sous un ciel bleu pur». Un marin évoque sa visite à Hong Kong en 1973 : «une escale atypique pour l'époque, la rencontre entre une ville ultra moderne (buildings nombreux commerces) et la vieille Chine traditionnelle, deux mondes très différents se côtoyant». Un officier-élève, en escale en 1978, se rappelle «des centaines de sampans à bord desquels des familles entières vivaient, dormaient et mangeaient».
Jusqu’aux années 80, l’escale à Hong Kong est aussi l’occasion pour les marins de découvrir avec étonnement une institution très célèbre du port, en particulier au sein des marines militaires occidentales : les services de la compagnie «Jenny Side Party» que les marins français appellent souvent «Suzie Wong», en référence au célèbre roman de Richard Mason et au fait que certaines ouvrières de la compagnie se font appeler «Suzie». En échange de la récupération de tout ce dont les navires se débarrassent lors de l’escale de Hong Kong, bouteilles, bidons, papiers, métaux, emballages, etc., les ouvrières chinoises de «Jenny Side Party» décapent les coques des navires et les repeignent en gris, en quelques jours, à l’aide «de rouleaux de peinture fixés au bout de longs bambous», comme se souvient un officier-élève de 1977, maintenant amiral. Les marins apprécient particulièrement ce service rapide et bon marché qui les affranchit d’une corvée incontournable. Un officier mariner raconte : «De Singapour, où nous sommes restés cinq jours, nous sommes partis pour Hong Kong. La traversée fut dure car nous avons ramassé une queue de typhon en Mer de Chine. Nous avons été secoués pendant quatre jours de rang. A notre arrivée à Hong Kong, le bateau n'était pas beau à voir mais l'équipe nous a remis le bateau à neuf en peu de temps. […] Pour pouvoir prendre nos déchets de bouche (poubelle de table) une trentaine de chinoises sont montées à bord et en six jours d'escale, ont repeint le bateau de la ligne de flottaison jusqu'en haut du mat. Grâce à leur récupération, elles faisaient vivre tout un village sur l'eau. A notre départ, juchées sur leurs esquifs, elles nous ont offert un feu d'artifice. J'en rêve encore».
La dernière escale de la «Jeanne d’Arc» remonte à plus de quinze ans. Après plus de quarante ans de bons et loyaux services, le navire-école sera désarmé en 2010 mais son remplacement n’est pas programmé pour l’instant. Hong Kong et sa communauté française ne verront donc sans doute plus d’escale de la «Jeanne d’Arc»...
CR.
Sources: témoignages divers. Crédits photographiques : Georges Béhague (1) - Marine Nationale (2) - HKMM (3).

jeudi 4 septembre 2008

1964, une école française laïque ouvre ses portes

Plus de 1800 élèves ont fait leur rentrée cette année au lycée français international Victor Segalen. Ils étaient 35 en 1964 ; quarante-quatre ans après, c’est l’occasion de revenir sur l’histoire mouvementée de l’enseignement français laïc à Hong Kong.
Après la Seconde guerre mondiale, l’enseignement français, auparavant assuré par les prêtres missionnaires et les sœurs, est moribond. Les vestiges des deux écoles confessionnelles, Saint-Joseph pour les garçons et Saint-Paul pour les filles, ne peuvent plus assurer leurs fonctions. Pour pallier ce manque, un comité de parents est créé au début des années 1960 et, sous l’impulsion de l’énergique Yolande Arnulfy, les deux premières classes de la Petite école francophone voient le jour. Les 35 élèves sont accueillis dans les locaux de Béthanie, l’ancien sanatorium des Pères des Missions Etrangères de Paris.
D’autres solutions doivent rapidement être envisagées car l’édifice ne peut supporter les effectifs croissants ; 70 élèves en 1969, 150 en 1975. Commence alors une longue errance. Un petit séjour dans les locaux de l’Alliance française de Wan Chai avec le jardin public pour toute cour de récréation, puis retour à Pok Fu Lam au Catholic centre. En septembre 1975, c’est au tour de l’ancien hôpital militaire de Borrett road de recevoir les élèves. Ce bâtiment victorien en brique est bien plus adapté aux besoins et absorbe la croissance.

Le gouvernement français reconnaît officiellement l’existence de l’école et Pierre Hudelot est le premier professeur diligenté sur place par l’éducation nationale. Agréé également par le gouvernement de Hong Kong, l’établissement devient Ecole française internationale et poursuit ses développements ambitieux avec un nouveau déménagement… dans ses propres locaux.
Au cours de l’année scolaire 1983-1984, près de 350 enfants entrent dans l’actuel bâtiment de Jardine’s. Le terrain a été concédé par le gouvernement en échange de la création de la filière internationale ; c’est chose faite à la rentrée 1984 avec 150 nouveaux élèves. Les modifications sont nombreuses au cours des années suivantes, mais dès le début des années 1990, ces aménagements ne sont toutefois pas suffisants. Les classes de maternelles migrent à nouveau de Jardine’s à Stanley fort puis dans l’ancien hôpital militaire de Kowloon.
Les statuts évoluent avec les multiples reconnaissances du gouvernement de Hong Kong. En 1988, l’école devient lycée français international et en 1995, on baptise enfin l’établissement du nom de Victor Segalen… qui n’a jamais vécu à Hong Kong mais dont la passion pour la Chine résonne comme une fidèle marque d’attachement. Le cap symbolique des 1000 élèves est alors atteint et c’est encore la crise du logement.
Le 1er juillet 1997, la première pierre d’un nouveau bâtiment est posée, sur un terrain donné par le gouvernement. En 1999, c’est la naissance officielle de «Blue Pool», qui accueille collège et lycée ainsi que toute l’administration nécessaire d’un établissement dont l’expansion semble ne jamais vouloir s’arrêter. Depuis, les maternelles ont à nouveau été déménagées à Sheung Wan, faute de place. Jardine’s et Blue Pool poursuivent leurs aménagements pour grignoter de l’espace. A cette rentrée 2008, une énième extension a vu le jour à Jardine’s et les poutrelles commencent leur valse sur le toit de Blue Pool pour ajouter un nouvel étage…

FD.

Sources : Soizick Casteleyn, LFI Gazette, mars 1999 ; Lycée français international Victor Segalen. Crédits photographiques : Lycée français international Victor Segalen.

lundi 1 septembre 2008

Un atterrissage à Kai Tak

Il y a dix ans, Chek Lap Kok, le nouvel aéroport de Hong Kong, immense, moderne et fonctionnel, entrait en service. Il remplaça alors un des aéroports les plus mythiques au monde, celui de Kai Tak, connu pour le spectacle époustouflant des avions en approche qui survolaient les immeubles de Kowloon, à quelques mètres seulement au-dessus des toits. Un pilote d’Air France raconte…
L’aéroport de Kai Tak était situé au sud de Kowloon et la piste, gagnée sur la mer, était orientée nord-ouest/sud-est. L’atterrissage s’effectuait après avoir fait virer l’appareil à 45° vers la droite, alors que ce dernier n’était qu’à 240 m d’altitude. Les avions en approche, venant du nord-ouest, devaient au cours de leur descente voler au ras des immeubles de Kowloon, à en frôler les toits. De nombreux passagers ayant vécu ces atterrissages à Kai Tak se souviennent avoir vu, de leur hublot, des gens regarder la télévision dans leur salon!
La difficulté de l’atterrissage à Kai Tak exigeait une qualification spéciale et impliquait pour les pilotes d’Air France un entraînement spécifique sur le simulateur de la compagnie. Jacques Darolles, copilote sur Boeing 747-cargo, raconte son expérience d’un atterrissage à Kai Tak. Le lecteur est dans le cockpit d’un Jumbo Jet de plus de 300 tonnes:

«Air France six four two two, Kai Tak approach, clear to IGS approach runway 13, report leaving 3500 ft». Voilà, nous y sommes. Le contrôle nous autorise à l’approche, et une joie de gamin envahit le jeune pilote que je suis encore, l’atterrissage à Kai Tak étant un moment qu’il faut avoir vécu dans une carrière. Mille fois lue, imaginée, écoutée, l’arrivée face à la colline et au milieu des immeubles est de celles qui donnent au métier ce côté exceptionnel.
On part en virage à droite, dans la nuit et la pluie, pour intercepter l'IGS. Ce n'est donc pas un ILS, mais un IGS : les faisceaux radio ne mènent pas sur la piste, mais sur une colline, où un immense damier est peint et éclairé. Vers 700 pieds, il faut quitter l'axe (sinon on rentre dans la colline !) et virer d'environ 50 degrés à droite, l'aile au ras des immeubles, pour finir sur la piste, pendant que le vent tourne un peu dans tous les sens, à cause des obstacles au sol. C'est surréaliste, on perce dans une colline qu'on ne voit pas. Pour être autorisé à utiliser Hong Kong-Kai Tak, il faut au préalable avoir fait des approches sur cette piste au simulateur. Mais au simulateur, il manquait la pluie contre le pare-brise, la turbulence, la radio qui n'arrête pas, et le petit pincement de se dire qu'on y est pour de bon, et qu'on va se mesurer grandeur nature à la légende. «Train sur sorti». […] Check-list avant atterrissage. Malgré l’intensité du moment, rester concentré et rigoureux. Je repense aux moniteurs d’aéro-club qui jadis , m’ont mis le pied à l’étrier, sur les petits terrains de Haute Garonne. Merde, s’ils me voyaient! Ici, c’est le sommet du métier. On se pose à Kai Tak, rien que ça… On commence dessous à voir un tas de lumières dont on ne sait si elles sont des bateaux ou des habitations dispersées sur la multitude d'îles du secteur.
1000 pieds. On jette quelques coups d'oeil devant. «Je vois le damier», annonce sereinement notre Captain, «on continue comme ça».
800 pieds. Voilà le lièvre, c'est à dire la traînée de feux à éclats qui, en virage, mène au seuil de piste, sur le toit des immeubles, où les comités de riverains ne doivent pas trop la ramener. Il faut y croire car, pour l’instant, le terrain est invisible.
700 pieds. «The» virage. Pilote Automatique débrayé, nez dehors, coup d'oeil au badin, c'est comme à la fin d'un encadrement en DR400, le vent qui était arrière tourne plein travers, volets 25, puis 30. Bigre, que cette piste est donc petite! Là, bien aligné dans les 300 derniers pieds, petite dérive, badin stable, on va l'avoir!
200 pieds. Les parkings aussi sont mesurés, et l’autre 747 qui attend pour décoller n'a pas dû rouler beaucoup.
100 pieds. On débouche dans la lumière, les lampes doivent être au maxi.
40 pieds. Plein réduit. Arrondi tranquille. «Boudoum boudoum!». Reverses. «Les quatre passés». «130 nœuds ». Et ça freine ! Spectaculaire, mais moins difficile qu'un tour de Paris avec un avion léger. Ben voilà, reste plus qu'à dégager. «Kai Tak ground. Ni hâo (bonjour en chinois). Air France Six Four Two Two is vacating...».
L’avion s’est posé et rejoint son emplacement au terminal. Les pilotes, mais aussi les passagers, en particulier ceux assis près d’un hublot, viennent de vivre une expérience inoubliable…

CR.
Témoignage : Jacques Darolles. Photos : Air France.